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Témoignage du parcours de lycéen
dans les méandres passionnantes
d'un club informatique des années 1975 à Rennes

Bruits et fureur de programmation en LSE
avec le Télémécanique T1600, ses consoles Sintra TTE
et son Télétype ASR-33

Daniel Caous
 

   Pour les puristes et actuels informaticiens de profession (ce qui est mon cas, en 2020), les ordinateurs français Télémécanique T1600 et CII Mitra 15 des années 1975 n'évoquent pas grand chose. Mais les personnes (élèves, étudiants, enseignants, chercheurs, techniciens, ingénieurs) ayant côtoyé avec bonheur ces machines regretteront cette époque flamboyante de l'informatique française, époque en partie occultée par le torrent du progrès. J'ai eu la chance d'intégrer de très près cette période, entre 1976 et 1981 à Rennes, en Bretagne, au Lycée de Bréquigny : l'un des 58 lycées dotés dès 1974 d'un ordinateur du plan informatique visant à y installer des T1600 et des Mitra 15, avec le Langage Symbolique d'Enseignement, le LSE, implémenté, ainsi que des terminaux clavier écran.

   Un an avant de la connaître, ma professeure de maths, Madeleine Vassard, en Seconde AB (Sciences économiques) avait fait partie de ces groupes d'enseignants formés préalablement de manière lourde à l'informatique, à l'Université de Rennes-1, lorsque le lycée de Bréquigny de Rennes fut donc doté d'un ordinateur Télémécanique T1600. Ainsi, à l'occasion d'une heure de découverte initiée par elle, je décidai alors d'adhérer au club informatique. Je ne me doutais pas que l'initiation à cette mini-informatique « de loisirs » était un concept qui allait épouser étroitement dix ans plus tard celui de la micro-informatique commercialisée à grande échelle... et pour très longtemps !

   Pour en revenir aux deux ordinateurs concurrents Mitra 15 et T1600 qui équipaient pour moitié les 58 lycées : ces deux machines citées – désignées « ordinateur » ou « calculateur », selon les appellations usuelles utilisées dans les manuels des deux constructeurs – sont, rétrospectivement, jugées de performances à peu près équivalentes en « ergonomie système ». Pour les puristes informaticiens orientés « matériels », les différences de configurations donnent avantages et inconvénients équitablement à l'une et l'autre des deux machines. Avec, donc implémenté, le fameux Langage Symbolique d'Enseignement : pack « système et langage de programmation » conçu initialement par l'équipe de Jacques Hebenstreit, à l'École Supérieure d'Électricité de Gif-sur-Yvette. La mise au point, du langage LSE sur la base du CII Mitra 15 s'appuya à l'époque sur un mode collaboratif : d'un côté, les concepteurs, de l'autre l'implication d'enseignants d'informatique du Lycée Pierre Corneille de La Celle Saint-Cloud. Particulièrement l'investissement très fort fut celui de Jacques Baudé, lequel a publié ultérieurement diverses synthèses sur le sujet [1] [2].

  • Pour l'ordinateur Télémécanique T1600 (auquel j'ai eu accès pendant 5 années) : le langage LSE en versions 7 et précédentes (ajustées par le constructeur), puis par les versions évoluées F1 puis F2 (développées par les enseignants de quelques lycées, versions optimisant les supports magnétiques disque dur et disquette pour les enregistrements, sauvegardes, accès aux programmes et fichiers) ;

  • Avec sur le CII Mitra 15 : le LSE 15, époque 1970 - 1980 (matériel que je n'ai ni connu, ni approché à l'époque) [3].

   Identiquement pour l'aspect mécanique des téléimprimeurs du constructeur américain Télétype, ceux-ci  adossés à ces deux mini-ordinateurs français : même base mécanique du Télétype ASR-33, disposant d'un clavier, système d'impression, lecteur perforateur de ruban 8 bits. Avec une déclinaison ergonomique pour le téléimprimeur Télétype commercialisé par Télémécanique, et re-carrossé « façon constructeur » : Télémécanique avait pris le soin d'insonoriser son téléimprimeur (ce que n'avait pas fait CII), avec de la mousse synthétique disposée sous le capot ; ce qui, je m'en souviens très bien, étouffait correctement le bruit mécanique – lequel faisait de toutes façons partie de l'ambiance, et assourdissant lorsque le capot était ouvert ! Sur Internet, on trouve quantité de photos du Télétype ASR-33, habillé et décliné plus ou moins différemment, selon les constructeurs.

   Curiosité : je dispose de la liste des 58 lycées concernés de 1972 à 1975 par ce plan d'équipement. Ces établissements furent donc dotés de ces ordinateurs CII Mitra 15 et Télémécanique T1600. Chaque configuration disposait d'un disque dur physiquement volumineux, de grande capacité pour l'époque (256 Ko ou 384 Ko !!!), ainsi que du langage LSE implémenté. Complétaient chaque dotation, au moins pour la salle informatique qui fut mon quartier général de « loisirs » pendant quelques années : 8 terminaux écrans Sintra TTE – à l'époque le terme « console » était usité – aux couleurs « kitch orange années 1970 », un téléimprimeur Télétype ASR-33 avec lecteur perforateur de ruban, un lecteur de disquettes 8 pouces (matériel ajouté à partir de 1977 sur la configuration de Rennes). Certaines régions furent mieux dotées que d'autres : probablement grâce à un intérêt davantage marqué des enseignants lorsque les équipements furent proposés. Par exemple, dans la seule ville de Toulouse, trois lycées étaient dotés de ces machines.

   Passionné de cette époque « mini-informatique des 58 lycées 1972-1980 » – dont on parle peu, hélas –, cela aide à comprendre beaucoup de choses de nos technologies actuelles. J'y pense avec beaucoup de nostalgie et de bonheur. Après quantité de recherches, je dispose de divers documents, manuels, listings, rubans perforés et photos : soit dénichés sur Internet, soit conservés de mon passage au lycée de Bréquigny à Rennes entre 1976 et 1981.

   Pour m'être intéressé à la genèse de cette période, vue du côté « élève » puis « informaticien de métier » : le Langage Symbolique d'Enseignement, le LSE, fut donc conçu dans les années 1972 à l'école SUPÉLEC par l'équipe de Jacques Hebenstreit (dont faisait partie l'ingénieur universitaire Yves Noyelle rencontré au SICOB en 1979 lors de la sortie de son livre sur le LSE [4], et avec lequel plus tard j'ai échangé quelques courriels). La mise au point, tests débogages de ces premières versions du LSE se firent également sur CII Mitra 15 par les enseignants d'informatique du Lycée Pierre Corneille de La Celle Saint-Cloud (probablement le premier des 58 lycées dotés, mais ça, je ne l'ai appris que plus tard). Côté ordinateur Télémécanique T1600, le LSE avait fortement évolué après 1977 (par les versions évoluées LSE F1 puis LSE F2), grâce aux compétences des enseignants « pointus » des lycées dotés de ces machines à Thiais, Toulouse, Montpellier, Albi.

   Quant aux constructeurs d'ordinateurs Mitra 15 et T1600 : les deux divisions « mini-informatique » des constructeurs CII et Télémécanique furent fusionnées vers 1979 en une seule entité consolidée : la SEMS (filiale du constructeur Bull). Le logo de cette entreprise est d'ailleurs visible, là encore... sur quelques photos d'ordinateurs T1600 ou de Mitra 15 que l'on peut trouver sur Internet.

   Le Lycée de Bréquigny à Rennes (j'y fus élève de 1976 à 1979 et membre acharné du club informatique, avec accès autorisé à la salle de l'ordinateur jusqu'en 1981), fut donc doté en 1974 d'un Télémécanique T1600. En 1978, cette machine avait récupéré la nouvelle version LSE F1 conçue au Lycée de Thiais, puis en 1981 avait récupéré celle du LSE F2 (dénommée par nous autres « la version LSE de Toulouse / Montpellier...). Cette déclinaison LSE F2 fut exactement mise au point par les enseignants du Lycée Saint-Sernin de Toulouse, du lycée Joffre de Montpellier et du Lycée technique d'Albi (établissement désormais dénommé « Lycée Louis Rascol »). Les enseignants informaticiens de ces lycées dotés d'un ordinateur Télémécanique T1600, furent les rares personnes « hors constructeurs » à avoir fait évoluer « côté système » les versions du LSE, « sur » et « pour » cette machine. Probablement grâce à la compétence « système » des professeurs d'informatique de ces sites, savoir technique très rare parmi les enseignants d'informatique des 58 lycées (en général : prérogative des « programmeurs » employés chez les constructeurs). Cette première évolution du LSE sur mini-ordinateur – nos enseignants rennais nous l'avaient expliquée – parce que les constructeurs CII et Télémécanique traînaient la patte à faire évoluer les versions originelles du langage de programmation LSE, renâclaient à optimiser le fonctionnement et l'autonomie des supports de stockage, etc. Rétrospectivement en 2020, le chef de projet informaticien que je suis ne peut qu'admirer la performance collaborative de l'époque : les professeurs contributeurs du LSE se trouvaient dans des établissements dispersés, pour ces évolutions produites « à la fois système et langage » de 1977 à 1981. Cette coordination de travaux s'est opérée loin des techniques confortables collaboratives que nous connaissons actuellement : transfert de logiciels à l'autre bout du monde en quelques secondes, partage de documents, réunions en vidéoconférence via Internet, tout ceci grâce aux réseaux à très haut débit.

   À Rennes, en 1977, nous n'étions donc que « suiveurs, côté système LSE ». Notre position un peu passive, « orientée davantage programmation et utilisation » était d'ailleurs en opposition avec la forte vocation de Rennes et de la région Bretagne pour les technologies de télématique Minitel, annuaire électronique, Vidéotex, premières normes de fibre optique et de réseaux rapides. C'est à dire tout ce qui allait se généraliser sur tout le territoire. D'autant que, dans cette dynamique parallèle, nous autres, élèves et enseignants du club informatique du lycée de Bréquigny avions même rencontré – à leur demande – des cadres techniques du prestigieux CCETT de Rennes (Centre national d'études des Télécommunications, lequel impulsait les recherches sur ces nouvelles technologies et les mettait en oeuvre). De son côté, un autre de mes mentors LSE, André Le Meur, l'un des « pontes » du club informatique au Lycée de Bréquigny de Rennes, professeur agrégé de Lettres, programmait déjà des choses très complexes en LSE. Il nous a transmis lui aussi ses connaissances en programmation et a terminé sa carrière d'enseignant en qualité de Maître de Conférences à l'Université de Rennes-2 (spécialisé en informatique sur les thèmes de « tables des matières, index, thésaurus », dans la continuité exacte des thèmes de programmes LSE qu'il écrivait en 1977 et années suivantes). Nous nous sommes revus d'ailleurs bien après, lors d'une reprise d'études pour moi par un 3è cycle universitaire, dans les années 2000.

   Également, lors de mes recherches sur cette époque informatique occultée, je suis tombé sur un mémoire universitaire d'une enseignante toulousaine. Ce document déniché sur Internet, décrit exactement l'ambiance « club / salle mini informatique » dans l'un des lycées de Toulouse doté d'un CII Mitra 15. Ambiance décrite exactement telle que je la vivais à Rennes, moi du côté programmeur élève hobbyiste acharné, et elle vu du côté enseignante. Par exemple : accéder coûte que coûte en tant qu'élève « club » à la salle, en mode « libre-service », dès que mon emploi du temps « libre » de lycéen me le permettait ; tandis que de leur côté, les enseignants « utilisateurs » de l'époque souhaitaient bien entendu utiliser la salle informatique pour faire découvrir les logiciels aux élèves. Pour anecdote, je récupérais régulièrement dans la corbeille à papier de la salle informatique tous les listings jetés : des trophées, qui me permirent d'apprendre le LSE à grands pas ! Devant l'enragé que j'étais, ma professeur de maths animant le club informatique m'avait proposé d'accéder à l'ordinateur T1600, un peu en mode « self », sur mes temps libres. Quel privilège ! Elle avait même fini par... me confier une clé de la salle informatique ! J'avais bien sûr appris à mettre en service ce grand ordinateur (quel prestige, pour un gamin de 17 ans à cette époque !). J'avais même reçu l'autorisation du proviseur de l'établissement pour accéder à la salle (en toute simplicité...) pendant les 15 premiers jours vacances de juillet, sur ma période d'élève en 2de, 1re et terminale... et même plus tard, lors de mes premières années d'études supérieures. Quel luxe : avec quelques autres passionnés, élèves et enseignants, tous fourrés pendant une partie des vacances d'été dans la salle informatique, de 9h à 18h !!! Grâce à tout ça, j'ai pu m'intéresser aux aspects système, dépannage, relance de l'ordinateur T1600 lorsqu'il était « planté » – on disait « bloqué » à l'époque. L'ambiance de cette salle informatique confidentielle finissait presque par évoquer celle d'une secte, avec les gourous et les fidèles, sous l'égide du Dieu T1600 ! Ce hobby était très loin des distractions, loisirs des jeunes de cet âge, à l'époque : mes petits camarades approchaient davantage le bricolage des mobylettes et l'installation des radios CB dans les voitures de leurs parents, que l'intérêt pour la programmation des minis ou gros ordinateurs...

   Historiquement, les CII Mitra 15 furent au début conçus à Toulouse, tandis que les Télémécanique T1600 le furent à Grenoble. Sait-on que les Télémécanique T1600 et CII Mitra 15 ont continué leur brillante carrière jusque dans les années 2000, grâce à EDF et aux Télécoms ? Ceci pour piloter divers process industriels : commande de vannes de barrages hydro-électriques, sous-automates de centraux téléphoniques ! Ces machines, probablement robustes et simples de fonctionnement donnaient satisfaction. Je suppose quand même que les langages implémentés pour ces fonctions était davantage du Fortran, du Lisp, du PL1, ou de l'Assembleur ; ces langages autres que LSE ayant été également implémentés sur les T1600 et Mitra 15 installés hors lycées (par exemple à l'INSA de Rennes qui disposait lui aussi d'un T1600 sous langage Fortran).

   Tout cet acquis m'a permis plus tard d'en faire ma profession actuelle d'informaticien, technicien réseaux bureautique, et actuellement chef de projets informatiques transversaux et ingénierie documentaire, dans une importante collectivité territoriale régionale.

   Postérieurement à mon approche LSE sur T1600, l'époque qui a suivi (installation en 1980 de micro-ordinateurs avec langage LSE et BASIC dans des nouveaux lycées, période à laquelle je ne fus que très peu impliqué) fut bien moins intéressante : hé oui, ces nouvelles machines « Micros » n'étaient pas reliées entre elles ! De même pour la transportabilité désastreuse des programmes, connue jusque là exemplaire entre T1600 et Mitra 15 (avec mêmes formats logiques de disquettes 8'' entre les deux constructeurs, et grâce aux rubans perforés au codage normalisé). En effet, les micro-ordinateurs qui s'inscrivaient comme « successeurs puissants » (Logabax, Olivetti, Occitane, Bull R2E Micral, SMT Goupil), géraient des nouvelles disquettes de format 5"1/4 physique identique entre les matériels ; mais... d'un constructeur à un autre, les lecteurs de disquettes ne géraient pas le même formatage logique de sectorisation, etc. Pire, après 1985 pour l'avoir vécu professionnellement : les « nano réseaux » (avec du BASIC ou du LSE implémenté sur des micro-ordinateurs Thomson TO7 et MO5, jusqu'en 1990) se révélèrent être un concept calamiteux, de réalisation instable et peu performante. À décharge, les réseaux actuels de micro-ordinateurs / serveurs tels que mis en oeuvre en 2020 n'existaient pas réellement en 1980...

   À partir de 1985, mes activités professionnelles qui ont suivi ont montré hélas le désintérêt progressif (voire la méconnaissance totale) pour ce formidable langage qu'était LSE ; ceci corroboré par les recherches entreprises depuis sur Internet : langage « hélas » en français, tandis que la mode informatique de 1980 louchait déjà vers le Graal de l'invention américaine, avec les langages informatiques afférents (ceux-ci « installés » depuis longtemps). Et pourtant, LSE était un langage aussi puissant que sympa pour écrire des programmes, au moins pour l'époque. Même en le jugeant 40 ans après. C'est normal : les concepteurs du LSE de SUPELEC avaient repris le « plus performant » des caractéristiques des langages de programmation de cette période : je pense aux appels sous-programmes « Procédures sous-programmes » des langages Algol et Fortran, les affectations de type nombre, chaînes, booléens, tableaux, imbrications possible d'instructions conditionnelles sur une ligne de programmation, les exceptionnelles « Procédures Résultat » du LSE : tout ça impensable pour l'époque. Tout ça, en obtenant un langage de type « semi interprété / semi compilé » (analyse syntaxique et lexicographique de la ligne de programmation, une fois qu'elle était validée par la combinaison « CTRL X-OFF », avec acceptation ou refus immédiat du contenu de la ligne tapée). Par comparaison, le langage BASIC interprété des années 1980, que j'ai découvert à l'IUT de Rennes était bien moins performant, bien moins intéressant ; même plus tard, vers les années 1990 lorsqu'il fut standardisé GW-BASIC par Microsoft. Idem pour le très puissant Cobol, que j'avais découvert à l'Université, encore utilisé en 2020 pour la gestion d'applications bancaires : langage certes très professionnel, mais... réellement bien plus austère que le LSE !

   Comme je l'ai réalisé tardivement, à propos de l'informatique hobbyiste dont je fis partie, avant d'en faire ma profession : ceux qui avaient connu « l'époque de référence 58 Lycées T1600 - Mitra 15 » ont été privilégiés (sans le savoir initialement, sans deviner l'avenir). En effet, ayant acquis intuitivement dès 1977 la notion de réseau, d'interconnexion, de transfert d'un programme depuis une console Sintra TTE vers une autre (via les commandes du LSE « PRendre état console... »). Ceci en plus de l'aspect créatif, passionnant de programmation : tout était à construire, à écrire, à programmer ! Quoi qu'il en soit, cet aspect de la connaissance « mini-ordinateur avec LSE en temps partagé 58 lycées années 1975 » a constitué un apport certain. Au moins pour qui a eu la chance de côtoyer ce paradigme informatique. Au moins en tant qu'autodidacte pour approcher sereinement l'époque de la micro-informatique professionnelle, avec les systèmes d'exploitation qui se sont succédés : CP/M, MSDOS, Windows, paramétrages fignolés, logiciels installés. Au moins pour concevoir et mettre en oeuvre encore plus tard, années 1990, les déploiements de réseaux de micro-ordinateurs / serveurs dans mon entreprise : Novell Netware, Microsoft OS2 LanManager, puis Windows NT, Windows Server, fonctionnalités réseau, interconnexions à des ordinateurs centraux, installation de progiciels de bureautique, créations de disques partagés, paramétrages très fins de Windows et autres. Tout ceci que j'ai déployé chez mon actuel employeur, le Conseil régional de Bretagne : il m'avait embauché pour toutes ces missions, en 1990, au vu de mon passé et de mon acquis dans ces domaines.

   Désormais, ces ordinateurs français CII Mitra 15 et Télémécanique T1600 sont, pour certains d'entre-eux, classés « Monuments Historiques » ; du moins pour ceux qui, au bout de 40 ans ont échappé à la casse. En 2009, dans l'éphémère et très beau Musée de l'informatique, sur les toits de la Grande Arche de la Défense à Paris (musée visité), le Télémécanique T1600 du laboratoire Lactamme de l'école Polytechnique de Palaiseau était exposé parmi des collections très structurées. J'ai même pu pianoter sur le pupitre de cette vénérable machine... Également, un T1600 et un Télétype ASR-33 sont exposés dans le fonds patrimonial informatique Patstec de l'Université de Montpellier, exactement dans les locaux de l'Institut de Botanique. C'est la configuration qui équipait le Lycée Joffre de cette métropole du Languedoc : je dispose d'un article de presse qui décrit ce sauvetage. Loin de tout fétichisme, j'ai visité la collection montpelliéraine l'été 2018 (après rendez-vous calé avec la conservatrice et à qui j'ai remis diverses documentations pour compléter ses références patrimoniales). Je crois savoir aussi que le célèbre musée informatique Aconit de Grenoble entrepose lui aussi un CII Mitra 15 et un Télémécanique T1600 au sein de ses collections.

   Une époque passionnante, celle de l'informatique 1970-1980, un peu occultée, à découvrir, redécouvrir, que l'on sait faire revivre et dont on retrouve la trace en mode puzzle, entre autres par divers ouvrages publiés sur le LSE pendant cette période et après [4] [5] [6] [7] [8] [9].

   Une période heureuse, formidable de référence pour moi, et pour laquelle bien des aspects technologiques restent encore très actuels en 2020. Merci à tous les chercheurs universitaires ou ingénieurs informaticiens, enseignants qui ont contribué tant à la construction des ordinateurs français CII Mitra 15 et Télémécanique T1600, qu'à l'invention, implémentation, mise au point et suivi de ce formidable Langage Symbolique d'Enseignement !

Daniel Caous,
Ancien élève au Lycée de Bréquigny de Rennes, 1976-1979.
Chef de projet, Ingénierie documentaire ISO 9001,
Conseil régional de Bretagne,
Direction des systèmes d'information,
Service informations décisionnelles et études logicielles
Informatique certifiée ISO 9001 / v2015.

Cet article est sous licence Creative Commons (selon la juridiction française = Paternité - Pas de Modification). http://creativecommons.org/licenses/by-nd/2.0/fr/

Notes et Bibliographie

[1] Le système LSE, J. Baudé, 1024 n° 7, novembre 2015 :
https://www.societe-informatique-de-france.fr/wp-content/uploads/2015/12/1024-no7-Baude.pdf

[2] L'expérience des 58 lycées, J. Baudé, 1024, n° 4, octobre 2014, page 109 :
https://www.societe-informatique-de-france.fr/wp-content/uploads/2014/10/1024-4-baude.pdf

[3] CII Mitra 15, Langage symbolique d'enseignement : LSE - Manuel d'utilisation, 1972, CII 4242 E/FR.

[4] Programmer en LSE, Yves Noyelle & Stéphane Berche, 1979, Édition du PSI.

[5] Lire LSE - Le langage français de programmation - manuel de l'utilisateur, C. Lafond - P. Muller, 1980, Éditions Cedic / Nathan.

[6] Parler LSE et apprendre à l'utiliser, M. Canal, 1981, Éditions Eyrolles.

[7] Pour aller plus loin en programmation, O. Arsac-Mondou, C. Bourgeois-Camescasse, M. Gourtay, 1983, Éditions Cedic / Nathan.

[8] LSE graphique, Henri-Claude Herbert, 1985, Éditions Cedic / Nathan.

[9] LSE POUR TOUS, numéro spécial supplément au bulletin de l'EPI, collectif, 210 pages, 2 éditions successives, octobre 1981 puis LSE POUR TOUS, 2 coéditions CNDP-EPI.
Le système LSE, mieux connaître son fonctionnement sur micro-ordinateur, dossier EPI n° 3, EPI + Microdur, 230 pages, juin 1983.

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