L'HOMME ET L'IDOLE DE BOIS


Certain Paen chez lui gardait un Dieu de bois,
De ces dieux qui sont sourds, bien qu'ayant des oreilles:
Le Paen cependant s'en promettait merveilles.
Il lui cotait autant que trois:
Ce n'taient que voeux et qu'offrandes,
Sacrifices de boeufs couronns de guirlandes.
Jamais idole, quel qu'il ft,
N'avait eu cuisine si grasse,
Sans que pour tout ce culte  son hte il chut
Succession, trsor, gain au jeu, nulle grce.
Bien plus, si pour un sou d'orage en quelque endroit
S'amassait d'une ou d'autre sorte,
L'Homme en avait sa part; et sa bourse en souffrait:
La pitance du Dieu n'en tait pas moins forte.
A la fin, se fchant de n'en obtenir rien,
Il vous prend un levier, met en pices l'Idole,
Le trouve rempli d'or. " Quand je t'ai fait du bien,
M'as-tu valu, dit-il, seulement une obole?
Va, sors de mon logis, cherche d'autres autels
Tu ressembles aux naturels
Malheureux, grossiers et stupides:
On n'en peut rien tirer qu'avec le bton.
Plus je te remplissais, plus mes mains taient vides
J'ai bien fait de changer de ton."
