L'AIGLE ET LA PIE

L'Aigle, Reine des airs, avec Margot la Pie,
Diffrentes d'humeur, de langage et d'esprit,
Et d'habit,
Traversaient un bout de prairie.
Le hasard les assemble en un coin dtourn.
L'Agasse eut peur; mais l'Aigle, ayant fort bien dn,
La rassure, et lui dit: Allons de compagnie.
Si le Matre des Dieux assez souvent s'ennuie,
Lui qui gouverne l'univers,
J'en puis bien faire autant, moi qu'on sait qui le sers.
Entretenez-moi donc, et sans crmonie.
Caquet bon-bec alors de jaser au plus dru,
Sur ceci, sur cela, sur tout. L'homme d'Horace,
Disant le bien, le mal  travers champs, n'et su
Ce qu'en fait de babil y savait notre Agasse.
Elle offre d'avertir de tout ce qui se passe,
Sautant, allant de place en place,
Bon espion, Dieu sait. Son offre ayant dplu,
L'Aigle lui dit tout en colre:
Ne quittez point votre sjour,
Caquet bon-bec, ma mie: adieu, je n'ai que faire
D'une babillarde  ma cour;
C'est un fort mchant caractre.
Margot ne demandait pas mieux.
Ce n'est pas ce qu'on croit, que d'entrer chez les Dieux;
Cet honneur a souvent de mortelles angoisses.
Rediseurs, Espions, gens  l'air gracieux,
Au coeur tout diffrent, s'y rendent odieux,
Quoique ainsi que la Pie il faille dans ces lieux
Porter habit de deux paroisses.
