LES VAUTOURS ET LES PIGEONS

Mars autrefois mit tout l'air en mte.
Certain sujet fit natre la dispute
Chez les Oiseaux; non ceux que le Printemps
Mne  sa cour, et qui sous la feuille
Par leur exemple et leurs sons clatants
Font que Vnus est en nous rveille;
Ni ceux encore que la Mre d'Amour
Met  son char: mais le peuple Vautour
Au bec retors,  la tranchante serre,
Pour un chien mort se fit, dit-on, la guerre.
Il plut du sang; je n'exagre point.
Si je voulais conter de point en point
Tout le dtail, je manquerais d'haleine.
Maint chef prit, maint hros expira;
Et sur son roc Promthe espra
De voir bientt une fin  sa peine.
C'tait plaisir d'observer leurs efforts;
C'tait piti de voir tomber les morts.
Valeur, adresse, et ruses, et surprises,
Tout s'employa: les deux troupes prises
D'ardent courroux n'pargnaient nuls moyens
De peupler l'air que respirent les ombres:
Tout lment remplit de citoyens
Le vaste enclos qu'ont les royaumes sombres.
Cette fureur mit la compassion
Dans les esprits d'une autre nation
Au col changeant, au coeur tendre et fidle.
Elle employa sa mdiation
Pour accorder une telle querelle.
Ambassadeurs par le peuple Pigeon
Furent choisis, et si bien travaillrent,
Que les Vautours plus ne se chamaillrent.
Ils firent trve, et la paix s'ensuivit:
Hlas! ce fut aux dpens de la race
A qui la leur aurait d rendre grce.
La gent maudite aussitt poursuivit
Tous les Pigeons, en fit ample carnage,
En dpeupla les bourgades, les champs.
Peu de prudence eurent les pauvres gens,
D'accommoder un peuple si sauvage.
Tenez toujours diviss les mchants;
La sret du reste de la terre
Dpend de l: semez entre eux la guerre,
Ou vous n'aurez avec eux nulle paix.
Ceci soit dit en passant; je me tais.
