LE RENARD ET LES POULETS D'INDE

Contre les assauts d'un Renard
Un arbre  des Dindons servait de citadelle.
Le perfide ayant fait tout le tour du rempart,
Et vu chacun en sentinelle,
S'cria: Quoi ces gens se moqueront de moi!
Eux seuls seront exempts de la commune loi!
Non, par tous les Dieux, non. Il accomplit son dire.
La lune, alors luisant, semblait, contre le Sire,
Vouloir favoriser la dindonnire gent.
Lui qui n'tait novice au mtier d'assigeant
Eut recours  son sac de ruses sclrates,
Feignit vouloir gravir, se guinda sur ses pattes,
Puis contrefit le mort, puis le ressuscit.
Harlequin n'et excut
Tant de diffrents personnages.
Il levait sa queue, il la faisait briller,
Et cent mille autres badinages.
Pendant quoi nul Dindon n'et os sommeiller:
L'ennemi les lassait, en leur tenant la vue
Sur mme objet toujours tendue.
Les pauvres gens tant  la longue blouis
Toujours il en tombait quelqu'un; autant de pris;
Autant de mis  part; prs de moiti succombe.
Le Compagnon les porte en son garde-manger.
Le trop d'attention qu'on a pour le danger
Fait le plus souvent qu'on y tombe.
