LE LIEVRE ET LA PERDRIX

Il ne se faut jamais moquer des misrables:
Car qui peut s'assurer d'tre toujours heureux?
Le sage sope dans ses fables
Nous en donne un exemple ou deux.
Celui qu'en ces vers je propose,
Et les siens, ce sont mme chose.
Le Livre et la Perdrix, concitoyens d'un champ,
Vivaient dans un tat, ce semble, assez tranquille,
Quand une meute s'approchant
Oblige le premier  chercher un asile:
Il s'enfuit dans son fort, met les chiens en dfaut,
Sans mme en excepter Brifaut.
Enfin il se trahit lui-mme
Par les esprits sortants de son corps chauff.
Miraut, sur leur odeur ayant philosoph,
Conclut que c'est son Livre, et d'une ardeur extrme
Il le pousse; et Rustaut, qui n'a jamais menti,
Dit que le Livre est reparti.
Le pauvre malheureux vient mourir  son gte.
La Perdrix le raille, et lui dit:
" Tu te vantais d'tre si vite!
Qu'as-tu fait de tes pieds?" Au moment qu'elle rit,
Son tour vient; on la trouve. Elle croit que ses ailes
La sauront garantir  toute extrmit;
Mais la pauvrette avait compt
Sans l'autour aux serres cruelles.
