LE CHIEN QUI PORTE A SON COU LE DIN DE SON MAITRE

Nous n'avons pas les yeux  l'preuve des belles,
Ni les mains  celle de l'or:
Peu de gens gardent un trsor
Avec des soins assez fidles.
Certain Chien qui portait la pitance au logis
S'tait fait un collier du dn de son matre.
Il tait temprant plus qu'il n'et voulu l'tre,
Quand il voyait un mets exquis:
Mais enfin il l'tait et tous tant que nous sommes
Nous nous laissons tenter  l'approche des biens.
Chose trange on apprend la temprance aux chiens,
Et l'on ne peut l'apprendre aux hommes.
Ce Chien-ci donc tant de la sorte atourn,
Un Mtin passe, et veut lui prendre le dn.
Il n'en eut pas toute la joie
Qu'il esprait d'abord: le Chien mit bas la proie,
Pour la dfendre mieux n'en tant plus charg.
Grand combat. D'autres Chiens arrivent;
Ils taient de ceux-l qui vivent
Sur le public et craignent peu les coups.
Notre Chien, se voyant trop faible contre eux tous,
Et que la chair courait un danger manifeste,
Voulut avoir sa part. Et lui sage, il leur dit:
Point de courroux, messieurs, mon lopin me suffit:
Faites votre profit du reste.
A ces mots, le premier il vous happe un morceau.
Et chacun de tirer, le Mtin, la canaille
A qui mieux mieux; ils firent tous ripaille;
Chacun d'eux eut part au gteau. 
Je crois voir en ceci l'image d'une ville,
O l'on met les deniers  la merci des gens.
chevins, prvt des marchands, 
Tout fait sa main: le plus habile
Donne aux autres l'exemple. Et c'est un passe-temps
De leur voir nettoyer un monceau de pistoles.
Si quelque scrupuleux par des raisons frivoles
Veut dfendre l'argent, et dit le moindre mot,
On lui fait voir qu'il est un sot. 
Il n'a pas de peine  se rendre:
C'est bientt le premier  prendre.
