LE CERF SE VOYANT DANS L'EAU

Dans le cristal d'une fontaine
Un Cerf se mirant autrefois
Louait la beaut de son bois,
Et ne pouvait qu'avec peine
Souffrir ses jambes de fuseaux,
Dont il voyait l'objet se perdre dans les eaux.
"Quelle proportion de mes pieds  ma tte ?
Disait-il en voyant leur ombre avec douleur:
Des taillis les plus hauts mon front atteint le fate;
Mes pieds ne me font point d'honneur."
Tout en parlant de la sorte
Un limier le fait partir.
Il tche  se garantir;
Dans les forts il s'emporte.
Son bois, dommageable ornement,
L'arrtant  chaque moment,
Nuit  l'office que lui rendent
Ses pieds, de quoi ses jours dpendent.
Il se ddit alors, et maudit les prsents
Que le Ciel lui fait tous les ans.
Nous faisons cas du beau, nous mprisons l'utile;
Et le beau souvent nous dtruit.
Ce Cerf blme ses pieds, qui le rendent agile;
Il estime un bois qui lui nuit.
