LA FORTUNE ET LE JEUNE ENFANT

Sur le bord d'un puits trs-profond
Dormait, tendu de son long,
Un Enfant alors dans ses classes.
Tout est aux coliers couchette et matelas.
Un honnte homme, en pareil cas,
Aurait fait un saut de vingt brasses.
Prs de l tout heureusement
La Fortune passa, l'veilla doucement,
Lui disant: " Mon mignon, je vous sauve la vie;
Soyez une autre fois plus sage, je vous prie.
Si vous fussiez tomb, l'on s'en ft pris  moi;
Cependant c'tait votre faute.
Je vous demande, en bonne foi,
Si cette imprudence si haute
Provient de mon caprice." Elle part  ces mots.
Pour moi, j'approuve son propos.
Il n'arrive rien dans le monde
Qu'il ne faille qu'elle en rponde:
Nous la faisons de tous cots;
Elle est prise  garant de toutes aventures.
Est-on sot, tourdi, prend-on mal ses mesures;
On pense en tre quitte en accusant son sort:
Bref, la Fortune a toujours tort.
